la Gazette des Astrologues

n°164 - Juin 2018

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Billet d’Humeur

Jupiter est devenu rétrograde le 9 Mars 2018 à 23°13 du Scorpion. Cette rétrogradation se poursuivra jusqu’au 10 juillet 2018, intensifiant le travail intérieur proposé par le cycle Soleil/Jupiter initié le 26 octobre 2017 à 3°21 du Scorpion. Le temps fort de ce cycle aura lieu le 9 mai 2018 avec l’opposition Soleil/Jupiter à 18°21 de l’axe Taureau/Scorpion.

Zeus, le plus jeune des Olympiens, échappe à la dévoration de son père Cronos : Jupiter encourage nos élans évolutifs, il cherche à libérer des potentialités qui n’ont pas encore vu le jour. Il favorise l’éloignement de notre environnement habituel et de nos repères quotidiens1 pour que nous partions à la découverte de l’inconnu du monde, des autres et de nous-même.

Grâce à lui nous développons notre autonomie collective tout en nous enrichissant d’autres cultures. Ceci aboutit à l’élargissement de notre paysage intérieur et de notre champ d’actions extérieures.

Ainsi, Jupiter insuffle la confiance nécessaire pour découvrir le monde sous un autre angle en créant des espaces ouverts à l’intérieur desquels la place de chacun s’agence et se déploie. Il se rapporte donc à tous les systèmes relationnels et sociaux impliquant l’interaction de notre place avec celle des autres.

De ce fait Jupiter est en relation avec la persona2, concept jungien qui illustre la facette de notre personnalité la plus en relation avec l’environnement collectif et qui est un compromis entre l’individu et les règles sociales. Elle procède du moi idéal, de l’image renvoyée par autrui.

Nous avons besoin d’une persona souple. Or, si les impératifs internes dominent, l’adaptation ne se fait plus et si au contraire le paraître extérieur devient prioritaire alors la personne se confond avec son apparence ou sa fonction sociale.

La promesse de coopération créatrice du cycle Soleil/Jupiter devient en Scorpion possibilité de régénérer un mode de participation (familial, social, ou autre) et d’imaginer des espaces de cocréation sources de croissance mutuelle. Ce cycle porte la potentialité de reformuler des unions et des partenariats dans la coresponsabilité et la reconnaissance des individualités.

Mais nous avons besoin pour cela d’une redistribution des places qui remet en question la persona car il s’agit de se dégager de certains statuts avec leurs obligations mais aussi leurs bénéfices en termes d'image et de droits.

Dans le Scorpion, cette réforme de nos modes de coopération et des espaces que nous occupons met en relief l’impact des liens du passé sur le présent : quels sont les systèmes obscurs qui se transmettent d’une génération à l’autre sur le plan du désir partagé, de la collaboration et de la reconnaissance ? Cela peut demander un processus de deuil. En effet, ce signe est vecteur d'une énergie qui touche un point névralgique en chacun de nous : il est porteur de changement incontournable et nous rappelle que ce qui ne peut se régénérer en changeant de forme doit mourir. Cela s’oppose au besoin de continuité du Taureau.

Pour inciter à la remise en ordre, Jupiter tend à amplifier ce qui est devenu incohérent : en Scorpion il met en relief ce qu'il y a lieu de désinvestir avant tout réinvestissement, là où il serait juste de se délier avant de se relier, de quoi il faudrait se désengager avant de se réengager. Cela peut consister à repenser nos systèmes d'attachement, explorer les dynamiques souterraines qui sous-tendent nos liens et en reconnaître les intrications, les forces et les fragilités, réfléchir sur le produit de nos unions et l’usage que nous en faisons, découvrir les rôles devenus obsolètes, renoncer à certaines places détenues auprès d'autrui.

Ce travail préalable de déliaison, comme toute mutation, risque de s’accompagner de résistance car face à la déstabilisation générée par le changement nous mettons automatiquement en place des mécanismes de défense. En Scorpion, signe d’Eau maîtrisé par Mars, nous avons la résistance passive de l’Eau face à la pulsion motrice de Mars. Nous avons aussi avec Pluton l’ambivalence entre la pulsion de vie vers un nouveau devenir et la pulsion de mort qui pousse à l’enfouissement de l’étincelle de vie.

De plus, Zeus n’ayant pas connu l’univers protégé de l’antre de Cronos3, la tendance jupitérienne est de rechercher le lien et l’animation à l’extérieur au détriment de l’intimité avec soi-même4. Ce qui peut aboutir à des orientations prématurées pour s’adapter au milieu ambiant alors que la rétrogradation de Jupiter incite d’abord à se rassembler intérieurement.

Dans son mouvement rétrograde Jupiter donne le temps de trouver en soi les ressources psychiques nécessaires pour franchir les étapes du renouvellement : le temps de se recueillir, de se mettre en retrait de toute pression extérieure, de se reconstituer une autre représentation de notre territoire parmi les autres. Puisque le changement résulte toujours de nouveaux apprentissages conscients ou inconscients, nous avons tout le loisir d’intégrer de nouveaux paramètres de pensée et de comportement.

Les rétrogradations nous rappellent que la dynamique d’évolution n’est pas linéaire mais cyclique car elle comporte aussi des temps de retour en arrière.

La période rétrograde se divise en deux temps : avant et après l’opposition de Jupiter au Soleil.

- Avant l’opposition : l'inversion de la progression de Jupiter peut amener des moments de doute, une crise de confiance qui demande la réévaluation de ce qui est en jeu. Cette étape peut générer un ressenti de scission intérieure : nous avons l’opportunité de cerner au plus près la nature de ce combat intime qui se déroule entre le pôle masculin et le pôle féminin de chacun d’entre nous. Car le Scorpion porte le défi des épousailles intérieures5.

Le réaménagement des espaces de chacun évoqué ci-dessus consisterait donc déjà à retirer nos projections sur le sexe opposé pour entrer en relation étroite avec cette polarité en nous.

- Le moment de l’opposition du Soleil à Jupiter, dans l’axe Taureau/Scorpion, proposera un temps de recentrage pour un état des lieux : les modifications en cours sont-elles adaptées à ce que nous souhaitons pérenniser ? Quel est le coût du changement sur le plan matériel, humain, psychologique ? Cette phase pourrait aider à clarifier une intention commune et permettre l’apparition de richesses intérieures inconnues jusque-là, avec donc de nouvelles ressources à partager.

- Après le constat de l’opposition, la seconde partie de la rétrogradation devrait porter sur la préparation de l’organisation concrète à mettre en oeuvre quand Jupiter redeviendra direct. Cette période sera aidée par la première partie de la rétrogradation de Mars6 : comment s’y prendre pour mélanger nos énergies et comment faire avancer ce projet ?

Le trigone décroissant de Jupiter à Neptune en Poissons, entre décembre 2017 et août 2018, propose une ouverture confiante sans préjugés ni idées reçues : laisser se déployer une plus large inclusivité, s’inspirer de la voie du milieu7. Le semi-carré décroissant de Jupiter à Saturne en Capricorne, entre décembre 2017 et septembre 2018, présente le risque de s’installer dans le refus d’adaptation au changement.

L’enjeu serait de considérer que les réformes actuelles offrent une matrice fertile au prochain cycle Jupiter/Saturne qui s’engagera le 21 décembre 2020 à 00°29 du Verseau.


En résumé

Dans le Scorpion - et quelque soit la nature et la forme extérieure des mutations en cours - Jupiter invite à s’aventurer dans des espaces où nous touchons notre archaïsme, notre animalité.

L’axe Taureau/Scorpion illustre toute la dialectique attachement/détachement. Il nous rappelle que ce n’est pas tant la transformation qui nous effraie, mais la peur d’être dépossédé. Il nous apprend qu’il faut en passer par la perte avant de trouver le gain et que, tout en étant lié à un manque ontologique, le désir est la condition de tout espoir. Mais le désir profond est difficile à cerner parce qu’il entretient une relation ambiguë avec les besoins8 et donc avec le manque et la dépendance9: la rétrogradation de Jupiter donne le temps de procéder à cette clarification. Nous pourrions ainsi, au terme de cette période, mieux cerner les ressorts pulsionnels à l’oeuvre derrière nos modalités de coopération.

L’issue de ce transit pourrait voir une réharmonisation de notre couple intérieur permettant de resituer nos attentes à l’égard des autres et de gagner en autonomie tout en assumant une coresponsabilité dans nos relations.


Annick Pineau

Mail: asc.ombrelumiere@orange.fr

Site: http://www.entreombreetlumiere.com/
Tél : 06 47 74 14 03



1 Jupiter imagine toujours l’ailleurs alors que la Lune recherche le rapprochement intime.

2 La persona est un partenaire dont le moi doit tenir compte lors du processus d’individuation qui est

un chemin vers l’unicité à partir de l’élargissement de la conscience. Le séminaire de Préfailles en

septembre 2018 traitera de ce sujet.

3 Dans les récits mythologiques, Zeus est le seul des enfants de Cronos à ne pas avoir été avalé par son

père.

4 Le risque jupitérien est la profusion, l’inflation des désirs jamais assouvis et la surestimation de soi.

Comme si à ce moment-là, il galvaudait ses réelles dispositions, amplifiant en même temps le

sentiment de vide et de manque propre à Saturne.

5 L’aspect féminin reçoit l’énergie créatrice universelle et le masculin l’exprime dans la réalité. Ce

couple interne - nommé anima et animus par C.G. Jung - est un processus intérieur : que l’on soit

homme ou femme, nous avons une partie en nous réceptive, reliée à une sagesse universelle qui parle

à travers les émotions, les rêves, les sensations du corps et une autre partie qui représente l’action : «

je pense, je parle, j’agis ».

6 Mars occupera sa boucle de rétrogradation du 12 mai au 8 octobre 2018, entre 28°37 du Capricorne

et 9°13 du Verseau. Il sera rétrograde entre le 26 juin et le 27 août 2018, entre 9°13 du Verseau et

28°37 du Capricorne. Le milieu de la rétrogradation se situera le 27 juillet 2018, avec l’opposition

Soleil/Mars, à 4°09 de l’axe Lion/Verseau.

7 Vénus, exaltée dans les Poissons, invite à tendre vers la voie du milieu pour éviter la démesure

jupitérienne.

8 Vénus/désir et la Lune/besoin se rejoignent dans l’axe Taureau/Scorpion : Vénus est en domicile en

Taureau et en exil en Scorpion, alors que la Lune est exaltée en Taureau et en chute en Scorpion.

9 La question du désir et du manque sera abordée lors du séminaire de Préfailles, animé par Gilles

Verrier et Annick Pineau, en septembre 2018.

Jupiter rétrograde en Scorpion

Annick
PINEAU

Entre ombre et lumière