la Gazette des Astrologues

n°151 - Mai 2017

Accueil. "Sur le Vif". Billets d'Humeur. Astro & Généalogie. Astro & Espace. les Actus DN. Ateliers, conférences.... Visio Réunion FDAF. Divers.

Bulletin mensuel de la FDAF (Fédération Des Astrologues Francophones)

“la Gazette des Astrologues”, la newsletter des membres de la FDAF - www.fdaf.org - mail : FDAF@fdaf.org

Conformément à l’article 34 de la loi 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d’un droit d’accès, de rectification des données nominatives vous concernant.
Si vous souhaitez vous désinscrire, cliquez ici

20
ans

1996-2016

la FDAF a


“Sur le Vif”

La chronique de

Jacques VANAISE

Plusieurs correspondants ont gentiment réagi à ma précédente chronique ; ce qui fait plaisir, bien entendu, et ce qui m’amène à en prolonger le propos.

Un ami estime que ma chronique était sombre et pessimiste ; un autre que c’était un hymne à la vie…  Je suis notamment interpellé sur ce passage :  (…)  notre parcours a été une mise à nu.   Jour après jour, nous avons compris et utilisé ce pas-sé qui nous conditionnait et qui nous poussait en avant ; jusqu’à ce que nous cer-nions mieux, en contrepoids, le projet qui, jeté devant nous, a commencé à nous aspi-rer, à la manière d’un fil rouge ou d’un attracteur…

Oui, notre parcours de vie nous met à nu, dans la mesure où chaque situation nous interroge et, qu’en observant nos réactions, nous découvrons progressivement comment nous fonctionnons et parfois aussi « qui » nous sommes.  En voyant cela aussi clairement que possible, nous ne pouvons indéfiniment nous mentir.  D’où cette « mise à nu ».

Un tel regard porté sur nous-mêmes nous conduit à comprendre nos conditions de départ (hérédité, héritage, milieu, etc.).   C’est en quelque sorte notre terreau ini-tial.

Ce passé, en tant que cause, nous pousse en avant, d’autant plus que nous ne pouvons tout de suite mesurer tout ce qui se passe en nous et autour de nous.

Or, pour l’astrologie, ce qui nous « signe » à la naissance constitue aussi notre « projet de vie ».   À mesure que ce projet se précise et devient plus clair (et l’astrologie, bien entendu, nous y aide), il ne peut que nous inciter à sérier et à orga-niser, parmi nos étapes de vie, ce qui nous aidera à le mettre en œuvre.

D’où l’idée d’un attracteur.  On peut le comparer à un projet de voyage : nous nous faisons à l’avance une idée de ce que nous allons découvrir et cette perspective nous tire en avant et nous conduit à nous y préparer et à organiser chaque étape né-cessaire.

Cet « attracteur » est donc comme un point focal situé devant soi, dans le fu-tur.  Or, un tel attracteur modifie notre compréhension du projet inscrit dans notre thème de naissance.  Plutôt que de n’y voir que la pression des causes issues du passé (nous héritons en effet de processus psychologiques qui expliquent nos modes de fonctionnement en tant qu’êtres humains),  notre carte du ciel, à la manière d’un mandala,  ou d’un échiquier, ou d’une partition, et sur base d’une configuration pla-nétaire qui fait suite à toutes celles qui l’ont précédée (voilà pour le « devenu »), est aussi la mise en symboles de notre potentiel (et voilà pour le « devenir »).

C’est ainsi que la semence génère la croissance de l’arbre et l’aboutissement du fruit… ; mais aussi que le fruit attendu, souhaité, espéré…   sollicite à son tour les étapes d’émergence de ce que la semence est censée rendre possible….

Ceci rejoint  cette citation de Gandhi : « La fin est dans les moyens comme l'arbre est dans la semence. »

Au départ, sur le premier seuil de notre vie tout ne se résume évidemment pas à notre potentiel psychique inscrit dans notre thème astrologique.  Nous sommes aus-si le produit d’un héritage biologique, ce qui nous renvoie à notre réalité physique.  Nous sommes effectivement (et aussi) « matière ».    Or, le « temps », ou plus préci-sément « la temporalité » est inscrit(e) dans la matière.  Celle-ci n’est évidemment qu’un flux vibratoire… ; mais ce flux s’inscrit obligatoirement dans le temps.  À son tour, ce temps  n’est pas une chose, c’est un processus.    En cela, chaque réalité phy-sique est un processus qui, en lui-même, a une durée interne.



Ceci pose question en ce qui concerne la prise en compte, par l’astrologie, de « l’instant de notre naissance »…  Pourquoi ?  Parce que chaque instant découle du passé et informe l’avenir.  Chaque instant est un instantané d’expérience et cette ex-périence se situe toujours dans le « maintenant ».  

À première vue, nous sommes là dans l’ordre d’une causalité avant tout phy-sique.  Chaque circonstance dite « réelle », à savoir tangible, concrète, matérielle…  est déterminée par l’ensemble des causes qui la relient au passé.  Or, dans l’instant réside aussi un « potentiel ».  Celui-ci est particulièrement important et agissant lors-qu’on considère les processus vivants et, encore plus spécifiquement, la vie psy-chique.

C’est là que se précise la frontière particulièrement significative qui doit nous concerner lorsque nous examinons, non plus l’objet que nous sommes en tant que corps vivant, mais plutôt le sujet créateur que nous sommes censés être en potentiali-té.

D’où la question qui se pose : là où l’astrologue s’emploie à cerner le « ba-gage » d’un enfant qui vient de naître, va-t-il délimiter, voire déterminer son parcours de vie sur base de l’héritage qu’il reçoit du passé, ou va-t-il tout au contraire l’encourager à innover et à se projeter dans son futur, cette projection ne pouvant ensuite que l’inciter à choisir les étapes nécessaires à son devenir ?

Ce qui sous-tend cette interrogation, c’est le fait que l’être psychique que nous sommes se situe forcément dans un clivage, une véritable rupture.  En tant que per-sonnes conscientes d’elles-mêmes, nous sommes les héritiers d’une ligne continue : celle de la causalité physique et biologique qui va du passé vers le présent (de notre naissance).  Par ailleurs, nous observons aussi une activité psychique qui se déploie en sens inverse et qui (pour autant que nous devenions capables de cerner, tout au fond de nous, le germe de notre projet personnel) nous sert d’attracteur.

D’où une nouvelle question qui se pose à nous : cet attracteur est-il aussi dé-terminant  et fataliste que la prédiction de notre parcours de vie, sur base de notre acquis initial ?  Et que vient faire là-dedans le « libre arbitre »… ?  Celui-ci n’est-il pas contredit par notre dépendance au temps, tantôt dans le passé, tantôt dans le fu-tur ?

En fait, la perspective change lorsque nous concevons la conscience comme autre chose qu’un phénomène passif mis en œuvre par des réactions chimiques qui, dans notre cerveau, reproduiraient simplement une performance acquise au cours de l’évolution.  La conscience est (ou se doit d’être) un agent actif qui s’interroge à pro-pos de ce qui la sollicite à « aller de l’avant ».

En cela, notre responsabilité en astrologie est d’accompagner le « sujet » à cerner au mieux le projet unique qui l’anime.  Car chaque « sujet » est appelé à vivre sa propre légende.  Encore faut-il que, dans l’acte suprême de liberté, il devienne lucide, face aux circonstances, aux opportunités, aux occasions, aux indices, aux re-pères…

Sans doute cette faculté est-elle inégalement ressentie.  Il est à remarquer que l'étrangeté vis-à-vis de soi-même ou que le sentiment de ne pas être à sa juste place dans le monde peut l’aiguiser.  Les plus désemparés sont parfois ceux qui aspirent le plus à faire émerger la part de lumière qu'ils portent en eux…

Aucune vocation n’est prescrite d'avance : il nous appartient de l'extraire de nos possibles.  Tel est le mouvement même qui nous porte à nous accomplir.  

Cerner cela dans notre propre vie, c’est comme déceler notre propre « mythe » ou tendre vers notre « terre promise »…   Vient ensuite l’aiguillon de la ferveur qui ne peut manquer de nous rendre désirants ; autrement dit : mus par l’impératif de notre propre singularité, de notre propre projet, de notre propre ac-complissement.


Jacques VANAISE


Pour tout contact
jacques.vanaise@skynet.be